Chère génération X

1803 mots

temps de lecture: 10min

Old Economy Ondine

Old Economy Ondine

Chère génération X,

Il faut qu’on parle. Et pour une fois vous allez vous taire et vous allez tenter d’écouter. Vous êtes de la génération d’après guerre. Vous avez grandit dans les années 60-70 et vous être entré à l’âge adulte dans de bonnes conditions. Les études étaient faisables , même agréables (« les plus belles années de ta vie, tu verras »), l’accès à l’emploi était optimal, les banques prêtaient de l’argent, vous baisiez sans capotes, il n’y avait pas toutes ces conneries de réseaux sociaux et de smartphones, bref c’était la belle vie.

Puis il y a eu la crise et là tout a basculé. Vos enfants désormais grands ont commencé à faire chier. A ne pas quitter la maison familiale, à galérer à finir leurs études (« Les redoublements ça va 5 minutes ! »), à passer leur temps sur Twitter ou Facebook, ils ne vous parlent plus, trop occupés à prendre des selfies ridicules et leur nourriture en photo pour les poster sur leurs réseaux. Ils commencent même à critiquer C dans l’Air quand vous tentez de regarder sur votre écran plasma, pour vous détendre de votre travail de cadre sup éreintant. Même que l ’employée de maison fait chier , elle a encore paumé la télécommande.

Vous n’avez pas compris, quand votre enfant est devenu végane, quand iel a commencé a parler en utilisant des pronoms qui n’existent pas pour parler de ses ami.es. Quand iel s’est teint les cheveux et a fait un tatouage débile de Harry Potter au lieu de chercher un job. Vous vous disiez que les convictions féministes de votre enfant était une phase d’opposition, une crise d’adolescence tardive. Qu’aujourd’hui les jeunes pensent que tout leur est du. Il faut dire que vous leur avez tout donné pendant leur enfance, et quelque part vous culpabiliser en vous disant que vous auriez du être un peu plus strict. Génération d’enfants Rois. De Tanguys. Hein vous aimez bien Tanguy. Mais Tanguy au moins il travaillait. Nous on est relous, on se dit dépressif, autiste, bipolaire, victime d’anxiété. Comme si on se complaisait dans les maladies mentales. On cherche à attirer l’attention, à fuir les responsabilités. Vous ne savez plus quoi faire de votre gamine coincée dans l’adolescence mais vous vous consolez en jutant sur la page Wikipédia du Syndrome de Peter Pan.

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quel fainéant!

Vous n’en pouvez plus de cette génération Y. De ces jeunes qui se victimisent et en veulent à la terre entière. De ces fainéants qui en plus ont le culot de vouloir manger du tofu alors que ça coûte une fortune. Si elle veut son tofu elle a qu’à bosser pour ! Vous avez fait un enfant, puis deux puis trois puis quatre. Vous aviez hâte quand même au bout d’un moment, qu’ils aient 20 ans et deviennent autonome. Seulement ils ont 26 et 28, les plus âgés, et ils ne gagnent toujours pas leur vie ! Même que le petit dernier aura son bac dans deux ans, et les grands pourraient se bouger quand même ! Comment vous allez faire pour payer pour tout le monde ! A 28 ans on est pas sensé pomper le fric de ses parents, c’est scandaleux, on devrait cotiser pour vos retraites plutôt ! Enfin bon vous gueulez pas trop fort non plus, parce que même si vous leur donnez 500 euros chacun par mois, vous gagnez de l’argent sur leurs dos parce que vous déduisez des sous de vos impôts hein ;);) Donc vous leur chier sur la gueule mais vous prenez bien soin de ne pas leur révéler ces informations au cas où ils vous demanderaient plus de fric (cad ce que vous leur devez en fait).

Mais franchement je vous comprend. C’est quoi cette génération Y qui a l’arrogance de vous reprocher d’avoir détruit l’économie et l’écologie ? Qui porte un discours pseudo politique sectaire en parlant de Revenu de Base ou de Salaire à Vie ? C’est quoi ces jeunes qui veulent faire la révolution alors que la vie n’a jamais été aussi facile ? Et de quel droit remettent ils sans arrêt en question le status quo ? Génération du mariage pour les pédés, du « genre » comme si ça avait autre chose à voir que de la foutue biologie. Des sexualités qu’on ne comprend même pas « ma fille est greysexuelle qu’est ce que j’ai raté dans son éducation ». Génération de féministes, la bonne blague ! Qu’ils aillent faire du féminisme en Iran là où la femme est vraiment aliéné. De toute façon cette jeunesse a tout. A commencer par la jeunesse. C’est eux qui dominent la société, parce que quand on est jeune on a tout. La preuve, on voit des jeunes partout sur les pubs, à la télévision. Ils règnent sur le monde. Avec une belle peau et un corps svelte comment pourrait il en être autant ? Ils sont juste paresseux et égoïstes. Vous, a 25 ans, vous aviez deux enfants, un crédit pour la maison et deux voitures et c’est TOUT. Vous n’aviez pas la chance incroyable d’utiliser un smartphone.

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Vous n’aviez pas Netflix. Même qu’il n’y avait pas de GPS et que pour allez chez la belle mère il fallait s’arrêter sur la bord de la route pour lire une carte ! Ces cons, de jeunes, ils ne savent même pas lire une carte, ni calculer sans une calculatrice. On leur mâche le travail avec toute cette technologie, c’est pas étonnant qu’ils ne veuillent pas bosser.

Bon j’arrête mon flan. Vous l’aurez compris chers parents, et chers représentants de la génération X, je suis en colère. Une colère « stérile » comme dirait certains d’entre vous. J’aimerais vous expliquer en quoi chacun des arguments exposés plus haut (avec beaucoup d ‘ironie vous l’aurez compris), est stupide, agiste et oppressif, mais j’ai trop souvent essayé d’avoir cette conversation en souhaitant à la fin avoir essayé de discuter avec un mur, tellement vos réactions puent le déni et la mauvaise foi. Je me sens en totale rupture avec votre génération. J’en ai marre de vous avouer que je suis en dépression pour me faire entendre dire « Quand on veut on peut. » « Accepte de grandir et ca ira mieux . » « Si tu trouvait un job… »

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J’en ai marre de tendre la main pour recevoir de l’aide, et être regardée avec condescendance avant de me faire chier dans la bouche. Je ne sais plus comment communiquer avec vous, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Pourtant selon vous c’est MOI qui suis fermée à la communication.

J’en ai assez que toutes les fois où vous m’adressez la parole c’est pour me dire « Alors, le bac ? Alors le concours ? Alors les partielles? T’es en quelle année ? Bientôt fini ? Alors la thèse ? Et tu bosses toujours pas ?? Ça fait deux mois que tu fous rien depuis la fin de tes études ! » pour ensuite me reprocher de répondre à peine, d’être incapable de communiquer. Seulement, quand je répond que les études sont dures, que je suis au max de mes capacités mais que je n’y arrive pas, que j’essaye de chercher du travail mais que je suis paralysée par une douleur psychique et de la fatigue chronique, vous ne m’écoutez pas. Vous dénigrez tout ce que je suis, vous vivez mes convictions politiques différentes des vôtres comme un affront personnel, comme si j’avais bâtis ma personnalité en opposition à la votre EN FAISANT EXPRES.

De toute façon pour vous, je suis juste une ingrate qui tire sur le porte feuille dont vous sortez généreusement un billet de cinquante pour que j’aille m’acheter de la bouffe de riche (tofu et autre trucs de bobos dans votre imaginaire, du riz et du café en vrai).

En vrai, malgré votre générosité, je vis sous le seuil de pauvreté. Sans le freeganisme et mes amis qui m’invitent à manger, j’aurais faim souvent. Je sors très peu. Déjà parce que les sorties à Paris sont chères, et aussi parce qu’avec la dépression je suis parfois incapable de monter dans un RER. Le harcèlement de rue me paralyse. Sortir est toujours un effort intense, quand c’est pour voir quelqu’un que j’aime ça vaut le coup, mais si c’est pour aller subir un repas de famille carniste à base de discussions agistes et de « et ta thèse ?? », je préfère économiser mon énergie.

Je ne suis dans aucune secte. Personne ne m’a monté contre vous. Nous vivons juste dans un monde différent et vous refusez de le voir. Dans mon monde, à 25 ans, on est parfois loin de la fin des études. On n’a même pas de projet d’acheter une maison, parce qu’on est réaliste et on sait qu’avec un smic ça n’est pas possible. On ne veut ni se marier, ni faire d’enfants. Pas parce qu’on est coincé dans l’enfance, mais parce qu’on vous a vu divorcer, et on vous voit en rupture avec nous. Et nous ne voulons pas de ça ni pour nous, ni pour des enfants imaginaires. Nous, à 25 ans, on fait des stages et des stages, jusqu’au burn out, la dépression sévère. On ne fait pas semblant. Vous n’avez juste pas idée de la difficulté que c’est. Vous parlez de mérite sans arrêt, que vous vous êtes battus, que vous n’avez rien volé. Nous on se bat, grave. Fort et longtemps. Et on a rien. On est payé en « expérience ». J’ai 26 ans, j’ai bossé 5 stages et trois jobs différents pendant les 8 dernières années, et je n’ai rien cotisé pour les retraites. Par contre j’ai fait deux burn out à 25 ans. Deux. Et je les sors pas de mon cul les Burn Out. Ca m’est arrivé parce que les étudiants sont pressés comme des citrons.

Alors après tout ça, aujourd’hui j’ai décidé quelque chose. Je ne vais plus culpabiliser. J’ai fini de m’en vouloir de ne pas contribuer aux PIB et aux retraites. Je ne vais plus me sentir mal de ne pas avoir envie de vous parler de ma vie quand vous en détestez toute la substance. Je vais continuer de faire ce que je veux de mon corps, avec mes poils, mes piercings et tatouages, et je ne vous rendrai plus de comptes. Je n’appellerai plus ma grand mère à son anniv parce que je la connais pas cette meuf, et je passerai Noël avec les gens que j’aime et qui me font du bien. Je vais apprendre à reconnaître mon travail d’écriture sur mon blog, mon jeu de guitare, mes lectures comme d’autant d’activités productives, même si ça ne m’apporte pas d’argent (de toute façon je n’ai jamais gagné d’argent pour le travail alors fuck).

Cela dit, malgré ma colère et mon amertume j’espère qu’un jour vous aurez le courage de ravaler votre orgueil et d’écouter ce que ma génération dit. Ça ne me fait pas plaisir, ce fossé générationnel. Je n’y suis pour rien, et j’ai le mérite de comprendre votre point de vue mieux que vous ne l’imaginez. A vous de faire un effort maintenant, quand on veut on peut.

Pour aller plus loin:

Les vieux, ces cons – sur Piment du Chaos

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13 réflexions sur “Chère génération X

  1. Waouh superbe texte ! Evidemment, je perçois en filigrane ton parcours pro et perso. Ces derniers te sont propres. Toutes les personnes de notre génération, la génération Y, n’ont pas vécu/ne vivent pas ça, mais toutes ont déjà ressenti (j’en suis sûre) ce que tu décris. Et ça c’est grand.
    Je pense sincèrement que c’est à ça qu’on reconnaît quelqu’un qui écrit bien : cette capacité à saisir ce que tout le monde sent/pense mais n’arrive pas à exprimer, et ce, malgré nos influences, nos souvenirs et nos blessures. Bien sûr, ces dernières servent à développer et à appuyer ta réflexion. Et c’est dans cette « mise à nu » pudique de toi-même que tu parviens à nous toucher, nous parler. Du moins, c’est mon ressenti.

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      • Mais de rien. Comme je l’ai dit, c’est parce que t’écris bien ! Tu dois capter des choses, sans même t’en rendre compte parfois, des choses qui flottent dans l’air du temps. Je pense que tu dois être hypersensible, or c’est un trait de personnalité propre aux artistes (pour moi écrire est un art).

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  2. Toi aussi tu regarde avec envie le statut social et professionnel de ton père, absolument inaccessible pour toi, alors que tu fais pourtant déjà partit d’une minorité chanceuse ?
    Et quand tu lui dit que c’est dur il te répond « travaille plus dur » et retourne regarder la formule 1 sur sa télé de 3m².

    Vive la thèse ! yeaaaaaah !

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  3. oooooh merci pour ce merveilleux florilège de phrases toutes faites qu’on aurait tous préféré oublier, parce que même quand plusieurs années après les chers parents commencent à changer d’avis, lentement, sur certains trucs, ils n’admettent pas qu’ils les ont sorties et que ça continue de faire bien mal 😄

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  4. C’est marrant, ces phrases toutes faites, mes parents n’ont pas vraiment eu besoin de les dire pour que j’aie l’impression, en te lisant, de les avoir entendues des centaines de fois au cours des dernières années… Parce que même quand les parents essaient d’être compréhensifs, il y a toujours tout le reste de la famille; les oncles et tantes, les grands-parents, les cousins-cousines plus âgés et mieux intégrés qui te les répètent dès qu’ils te croisent. « Alors, tu fais quoi dans la vie ? », « Tu pourrais pas repasser ton baccalauréat ? Je suis sûr que tu y arriverais fingers in the nose ! »
    Oui bien sûr…. Avec une maladie psychique qui me ravage le cerveau en permanence, t’as de l’espoir !

    Le plus inquiétant dans ce billet, c’est surtout qu’il décrit un mouvement profond, une lame de fond, qui parcourt toute cette « génération Y » dont nous faisons partie, et qu’elle ne s’arrête même pas à l’aile gauche de notre génération comme on pourrait le croire de prime abord. Parce que pour avoir des gens de ma génération dans mon entourage qui aiment les néo-réacs et même les plus extrémistes des réacs d’internet, j’ai pu constater qu’ils tenaient en fait un discours très similaire, un même constat de dégoût et de rejet de la société telle qu’elle est conçue actuellement. La grande différence se situant évidemment dans l’approche choisie pour changer les choses, les partis-pris idéologiques etc… Bref sur ce qu’ils proposent et qui fout la trouille.

    Mais mine de rien, ce billet montre que, de plus en plus, notre génération en a plein le dos de la situation actuelle. Ce n’est pas un acte isolé. Nous sommes nombreux à nous poser la question de la légitimité de ce statu quo.
    Reste à espérer qu’il soit encore possible de changer, qu’il n’est pas trop tard et qu’il n’y a pas trop de « Y » formatés consciencieusement par le « monde du travail ».

    La génération de nos parents a littéralement tout saccagé pour profiter du maximum de ce qu’offrait la situation de l’époque. C’est légitime quelque part. Si on avait été dans une situation économique favorable, nous serions leurs simples clones sociaux.
    Nous sommes en période de crise sociale. Je veux croire que nous avons une occasion de changer les choses. Parce que c’est pas tenable, et que si je ne me fais pas violence, je vais écrire un roman en douze volumes en guise de commentaire. :p

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  5. J’avoue avoir quelques soucis avec ton texte. J’ai du mal à situer si il est ou non sensé avoir une portée politique, et si oui quels groupes sociaux tu inclus dedans. En fait, j’ai l’impression quand je vois les termes globalisants de génération X/Y (qui sont par ailleurs discutables a mon avis), que tu y met une portée politique globale, et ensuite, avec la description d’une situation d’une famille que j’estime vachement aisée, et qui n’a aucun rapport avec ce que des gens des classes populaires avec la même différence de générations (comme moi) ont pu vivre, j’ai du mal à voir. Alors peut-être que tu veux avant tout décrire une situation liée à ton vécu/le milieu dont tu es issue, mais du coup ça semble bon de le préciser, pour pas invisbiliser le vécu des personnes des classes plus populaires. Pour l’opposition des (de tes?) parents à tes actes politiques, ça ressemble surtout, pour moi, à celle qu’on recontre globalement avec toute personne non sensibilisée, quelle que soit sa génération, avec un petit coup de paternalisme par dessus (mais, vu qu’on vit -enfin, je suppose que c’est ton cas, je me trompe peut-être- dans un milieu militant et relativement jeune/avec un certain capital culturel, on peut avoir tendance à oublier ce que les personnes de la même génération hors de ce milieu pensent). J’ai assez peu eu de trucs du genre (un peu quand même, mais sans paternalisme) parce-que mes parents ont une sensibilité politique relativement proche de la mienne. Les parents des classes populaires, pour ce que j’en sais (pas d’études à te fournir, plus une impression/experience perso) vont souvent préférer que leurs enfants restent chez eux pour éviter le risque d’une dépense supplémentaire, et ce même si ils trouvent du taff – parce-que être de la « génération X » et prolo, c’est pas tellement un avantage , beaucoup sont dans des situations précaires (et ça limite beaucoup la portée de cette idée de générations X/Y – j’ai l’impression qu’elle a été créée par des classes moyennnes/aisées a fort capital culturel pour parler d’elles-mêmes). Si ils vont pousser leurs enfant à bosser, c’est souvent à la fois par peur de ne plus pouvoir les soutenir et par peur que leurs gosses se retrouvent dans la merde. Si ça me gave de couter des thunes à mes parents, c’est que j’ai du mal à voir comment ils s’en sortiraient si mon père perdait son taff. Il y a un autre point qui me pose un gros souci : le « vous baisiez sans capotes » du début, présenté comme positif, alors qu’on parle de la génération qui a vécu le début de l’épidémie du SIDA, je trouve ça très maladroit. Ah, et, moins important, mais le terme « freeganisme » fait un peu marqueur social de classe intellectuelle, un peu honte de dire « faire les poubelles » ou juste « la récup’  » , c’est du détail, et je fais surement le même type d’erreur, mais ça participe à créer une distance avec les classes qui ont moins accès à la culture « légitime » – celle qui permet d’être reconnu-e socialement.
    Voilà, j’espère avoir été clair’ et pas trop agressifv’ , cette critique n’a pas pour but de nier tes problèmes, mais vraiment de resituer le contexte, en particulier en termes de classes sociales.
    Bonne continuation à toi.

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  6. Arf oui. Alors quelques précisions : oui effectivement la classe sociale de mes parents est clairement de la petite bourgeoisie des coins campagnards. Oui je parle effectivement de ma seule expérience sociale, qui en plus est biaisée par un fait essentiel que je pense devoir préciser : les histoires de rapports de force, de domination entre classes sociales, entre exclus sociaux et gens dominants socialement… C’est nouveau pour moi. Plus exactement, je ne mets de mots sur des sentiments vagues et pas très nets que j’ai depuis longtemps, que depuis seulement quelques mois à un an.
    Ce qui implique fatalement que oui je suis encore très imprégné des préjugés de ma famille bien insérés dans un schéma de dominants parfaitement typiques et dont je ne commence à me tirer que depuis que ma chérie m’a fait découvrir qu’en-dehors de cette doxa, il y avait tout un univers à explorer. Alors oui effectivement, je dois souvent, très souvent même, dire des conneries grosses comme moi, et p’têt même plus. Parce que je ne suis pas forcément encore conscient de tout ce qui fait que je peux opprimer d’autres personnes. Non seulement ça mais je suis parfaitement conscient que ce genre de déblatérations grandiloquentes n’aident pas, mais alors pas du tout, à ouvrir le dialogue et que mes pavés ont même souvent l’effet inverse. Yep, je sais tout ça, et je sais aussi que les gens de ma génération, je ne les connais finalement que très peu, en-dehors de ce que j’en vois parfois via mon écran.
    Pour ma défense je tiens à dire qu’en matière de classe sociale je suis un peu un petit bourgeois avec les moyens d’un prolétaire et depuis quelques années maintenant je me vois faire des expériences qui n’ont rien de très…bourgeoises. Comme la faim..
    Alors oui, je conçois fort bien que ma réponse a pu être, plutôt que maladroite, encore très ignorante de tout un tas de paramètres. J’ai aussi pas mal de mal à avoir une pensée super cohérente sur la durée d’un gros raisonnement, et du coup, ouais je merde très vite.
    J’ai soif d’apprendre, mais je merde vite.
    Alors yep, j’en suis franchement désolé. Parce que j’ai envie (vraiment) d’adopter un point de vue neuf qui me corresponde mieux (en tout cas je le ressens comme ça.) et que malgré ça, je n’ai que peu ou pas de culture militante, politique, sociale, etc… vraiment solide. J’ai pas eu la chance ni les moyens psychiques de me la construire. Du coup, ouaip, je pars très vite en freestyle dès que ça parle dans ces domaines. Et comme ça me stimule, je dis vite nawak.
    Encore désolé hein.
    Et non, tu n’as pas été agressive à mes yeux. 🙂

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  7. Oups, je commence à me rendre compte que je crois qu’on ne s’adressait pas à moi. Excusez-moi une fois de plus. Je suis pas franchement le mieux armé pour assimiler des longues réponses (quand bien même j’en fais).
    Mais bref, si mon second commentaire apporte quoi que ce soit d’utile ?

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  8. Bonjour Ondine,

    Merci pour cet article très cathartique. Bon, je n’ai pas grand chose de très intellectuel à rajouter, aucune référence historico-économique ou que sais-je, mais je voulais témoigner aussi de mon vécu en tant que « génération Y », même si ce terme m’agace.

    Il y a quelques années, je ne me souviens plus précisément, quand l’âge de départ à la retraite a été passé à soixante-deux ans, je suis allée déjeuner un dimanche chez mon oncle, né en 1951, propriétaire d’une maison de quelques centaines de mètres carrés (sans le terrain) en IDF. Banquier, syndicaliste, juge aux prud’homme, il n’a jamais voté autre chose que socialiste dans sa vie. Il est entré dans la vie professionnelle sans le bac et a fait une carrière très honorable qui lui a permis de s’acheter un beau 4×4 pour compenser d’autres trucs. Ce dimanche midi, nous discutons à l’apéro des manifestations, de la réforme des retraites contre laquelle je n’ai ni fait grève ni manifesté. Entre deux références à son magazine préféré, Marianne, il finit par sortir de ses gonds et m’expliquer qu’il faut absolument que je me mobilise, que cette réforme des retraites est scandaleuse, non franchement il faut absolument que tout le monde descende dans la rue, surtout vous les jeunes ! Je l’ai laissé parler, et pas longtemps après, il me dit « Moi j’en ai marre de me lever le matin, c’est dur, je devais prendre ma retraite l’an prochain et il va falloir que je travaille un ans de plus ! ».

    Un an. Un an à rouler tranquillou-bilou dans son 4×4 climatisé avec sa musique, à se lever à 7h30 quand moi je suis debout à 5h pour survivre aux transports en commun bondés dès 7h. Un an à devoir quitter sa maison dont il a fini de payer les traites quand je passe la moitié de mon salaire dans 20m² sans les charges et sans pouvoir investir, parce que ce sont les gens comme lui qui font monter le prix des studios à force de vouloir toujours plus de pognon pour leurs vieux jours.

    Quelques mois après, au cours d’une discussion avec mon père à qui j’avais eu le culot de dire que j’avais droit à mon quart d’heure de médiocrité en regardant NRJ12, j’ai eu droit à une déclaration d’un mépris incroyable parce que je ne gagnais pas ma vie assez bien à son goût. Mon propre père, qui m’a craché à la figure qu’il en avait marre de me voir « courir après 50 euros par mois ». Pardon d’avoir fait une dépression à cause de la pression que tu m’as mise mon cher paternel. Pardon de t’avoir humilié avec mes séjours en hôpital, qu’allait-on penser de toi… Merci pour cet argent que tu m’as donné, qui devait servir à m’acheter un appartement. Bien sûr, pour toi c’était mieux de vivre dans 10m² en étant propriétaire plutôt que de m’accorder un peu d’air en piochant dans cette cagnotte qui est désormais la mienne. Oui, j’ai 35 ans et je vis comme une étudiante, je mange des pâtes et des soupes en poudre, je dors dans un canapé-lit et j’ai le dos défoncé. Je fais ce que je peux, beaucoup de gens me disent que ma situation est enviable et que certains n’ont même pas ma chance. Alors il faut naviguer entre la culpabilité d’avoir des choses que d’autres n’ont même pas, et cette pression sociale d’un autre temps qui dit que si t’es pas proprio, même d’une cave, à 35 ans t’es un raté. Alors oui, je suis une ratée, mais je mène une vie dans laquelle je choisis où je vais autant que faire se peut.

    Moralité, à force de me foutre la pression, de me dire que j’avais un boulot de merde, pas assez de diplômes au goût de Monsieur, pas de mec, pas de gosse, pas de maison, pas de dettes, pas de tout ce qui fait une réussite sociale pour ces gens, eh bien Monsieur a tout gagné : sa seule enfant ne veut plus entendre parler de lui.

    Désolée, c’est très long et autocentré, il fallait que ça sorte. Bon courage Ondine.

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