Une introduction au Polyamour

Je parle de temps en temps de polyamour sur mon compte Twitter et sur Ask, et je reçois en général les mêmes réactions. Des questions, qui reviennent en boucle de façon maintenant assez prévisible, avec plus ou moins de tact, mais en général de l’intérêt.
Le polyamour ça fascine, ça provoque des idées reçues et des fantasmes. Alors j’ai décidé d’en parler un peu ici, et d’en profiter pour clarifier certaines choses.

Le polyamour : Quesse à dire que ceci ?

Quand on me demande de définir le polyamour, je cherche mes mots, souvent. Tenter de définir une notion nouvelle à laquelle on a seulement commencé à réfléchir quelques années auparavant n’est pas facile. D’autant que la notion est complexe.

Wikipédia la défini comme une relation sentimentale assumée avec plusieurs partenaires simultanément, et une remise en question de la monogamie traditionnelle.  (cela dit on peut être polyamoureux et célibataire hein)

Le polyamour est à distinguer du libertinage ou de l’échangisme dans le sens où il ne constitue pas une pratique sexuelle, mais bien un mode de vie, voir pour certain une orientation romantique. Au même titre qu’une orientation sexuelle, l’orientation romantique est un composant essentiel de notre identité, et tenter de la refouler pour satisfaire des exigences sociales oppressives est une violence contre soi même.

Sans prendre en compte les orientations romantiques de chacun, le polyamour est un mode de vie rejetant le modèle dominant (et même unique), du couple exclusif monogame. L’elfe a d’ailleurs écrit un article déconstruisant le modèle du couple, que je vous invite à lire pour une meilleure compréhension du sujet.

Les polyamoureux sont trop blasés

Le polyamour est souvent perçu comme quelque chose d’immature, pratiqué par des personnes désabusées sentimentalement. « Arrive-t-on au polyamour lorsqu’on a tenté tout le reste ? »
L’un des préjugés sur le polyamour est qu’on n’aime pas vraiment nos partenaires. Que si on avait trouvé le bon, on serait en couple normal et on passerait Noël chez la belle famille. Et que si on l’aimait vraiment, on ressentirait de la jalousie.

Avant d’être polyamoureuse, je me disais que si j’avais une relation avec quelqu’un, celle-ci aurait forcément une date d’expiration. En effet, viendrait forcément un moment où j’aurai envie de rencontrer ou de vivre quelque chose avec quelqu’un d’autre, ou bien que je tomberai amoureuse, si ça n’arrivait pas à mon partenaire avant. Ce qui conduirait à une impasse dans la relation menant à une rupture.

J’étais fataliste avant. Aujourd’hui je suis plus optimiste. Je sais que dans ma vision des choses, si une relation vient à se terminer, ça sera pour un million de raisons, mais pas à cause d’une histoire de coucheries ou d’un coup de foudre.

Cette façon de vivre ses relations permet aussi de s’affranchir totalement des injonctions abjectes telles que le devoir conjugal, et la possession du corps de l’autre en général. Je ne couche avec un amoureux que si je le désire, et je ne fais que ce que j’ai envie de faire sans culpabiliser. Un homme ne peut pas me contraindre de faire tel ou tel truc sous peine d’aller voir ailleurs, car de toute façon il en est parfaitement libre, et c’est quand même plus épanouissant de réaliser certaines pratiques sexuelles avec quelqu’un d’enthousiaste que parce qu’on contraint son partenaire par de la manipulation affective.
Bien évidemment, je ne défends pas le devoir conjugal dans un contexte de couple exclusif. C’est encore plus abjecte, et voir fleurir des articles du genre « La pipe, le ciment du couple. », ou lire des témoignages de femmes culpabilisants de ne pas coucher avec leur conjoint après avoir accouché (ou pire, des personnes essayant de culpabiliser d’autres femmes qui ne le font pas) me donnent un arrière goût de vomi.
Je pense que quand on ne peut pas faire autrement que de vivre en couple exclusif, la moindre des choses est de ne rien exiger de l’autre d’un point de vue sexuel (ou rien que cette personne soit réticente à faire).
Par ailleurs, la liberté de faire ce qu’on veut de son corps ne vaut pas que pour la vie sexuelle. Ca ne me viendrait pas à l’idée de laisser un amoureux avoir son mot à dire au sujet d’un tatouage, piercing, vêtement, variation de poids ou que sais-je.
Bien sur, je ne dit pas qu’être en couple exclusif implique de laisser son partenaire nous dicter notre façon de vivre notre corps, et heureusement on n’a pas besoin de polyamour pour s’affranchir de ça, mais on sait que les normes patriarcales sont loin d’être aussi émancipatrices, et la possession du corps de l’autre est vue comme normale dans le modèle dominant.

Des polyamours, au pluriel

Il y a quelques jours,  on m’a proposé d’écouter une émission de radio sur le thème des amours plurielles. J’ai été plutôt déçue parce qu’il y avait pas mal de préjugés et d’amalgames, dont je vais parler pour essayer de les nuancer.

Le ton de l’émission était franchement négatif et fataliste pour le coup. Etaient invitées plusieurs personnes pour parler de leurs expériences.
La première était Cherry, une anglaise racontant s’être retrouvée dans une relation libre avec un homme, pour le sexe, mais qu’elle avait du le quitter quand ses sentiments pour lui se sont développés parce que sa jalousie devenait compliquée à gérer.

Le second était un homme homosexuel libanais qui devait vivre ses relations dans le secret à cause de la politique oppressive de son pays.

Le troisième était un artiste au cœur brisé qui a décidé de mordre la vie à pleine dents et d’avoir plein de relations, mais avec une certaine méfiance pour les sentiments.

Le dernier était un couple marié qui ne se supportaient plus, et qui ont décidé d’ouvrir leur couple sans jamais franchir le cap d’avoir une autre relation « Sans doute n’en avaient ils plus envie, maintenant que c’était possible. »

Je ne me suis reconnue dans aucune de ces personnes, ce que j’ai trouvé dommage. Il y avait beaucoup d’amalgames entre polyamour et immaturité affective (Dieu sait ce que ça veut dire), entre jalousie et preuve d’amour, et pour tous évidemment, la jalousie était une fatalité.

La présentatrice a demandé à Cherry (qui est revenue vers un mode de relation exclusif) si elle pensait avoir mûri depuis son expérience avec le polyamour. Elle a eu le bon ton de répondre « Je ne pense pas que j’ai mûri, je crois que j’ai clarifié certaines de mes idées là-dessus. »

Arrêtons nous un instant sur la jalousie

C’est une question qui revient souvent quand on aborde le sujet.  Et la jalousie alors ? Comment le polyamour peut il être viable ?
La jalousie nous est vendu comme étant une preuve d’amour. Durant l’émission personne n’est venu nuancer le fait que la jalousie arrive obligatoirement avec les sentiments, mais je ne pense pas que ça soit si simple.

La jalousie est, à mon sens, surtout liée à un manque de confiance en soi. On a peur que la personne qu’on aime ne trouve mieux que nous, ne se rende compte qu’il existe quelqu’un de plus beau, plus intelligent, plus drôle ou plus talentueux. On peut être tenté de comparer la valeur supposée des sentiments que notre partenaire nous porte, à celle qu’ille porte à une autre personne. Et on craint de valoir moins. Dans le cas des relations multiples, de ne pas être « le préféré ».
En fait les sentiments que l’on porte à telle ou telle personne sont complètement indépendants. La jalousie est omniprésente non pas parce que l’amour est universel, mais parce que cette société encourage la méfiance d’autruis, le nivellement par le bas et casse notre confiance en nous à tous les niveaux.
Pour déconstruire la jalousie, il faut s’attaquer à ces racines. La bienveillance envers les autres, envers soi même est un travail long et fastidieux, mais on ne perd rien à essayer, et le jeu en vaut la chandelle.

Pour aller un peu plus loin et déconstruire la jalousie, je vous propose la lecture de cet article de Zerh.

Polyamour et infidélité

Un des invités autour de la table m’a vraiment fait bondir quand il a mis sur le même plan avoir plusieurs partenaires et être infidèle. Fidélité et exclusivité ne sont pas synonymes. On est fidèle à un accord ou un contrat, et quand ce contrat c’est d’être inclusif (par opposition à exclusif), on peut coucher avec qui on veut, ça n’est pas de la tromperie.

J’ai l’impression d’enfoncer une porte ouverte, mais le mec a dit pendant l’émission « Je dis souvent à mes amantes ‘Je te promet que la fidélité n’est pas pour moi, que je ne suis pas exclusif, mais je te promet que tu n’en saura jamais rien. ‘ »
J’ai plus l’impression que c’est un adultère assumé plutôt que du polyamour, d’autant que lorsqu’on écoute une des chansons de cet artiste, c’est aussi ce qui résonne.

Même si je n’ai pas entendu ce que j’aurai aimé entendre, l’écoute de cette émission a eu au moins le mérite de me faire comprendre qu’il n’y a pas un mais des polyamours, après tout peu importe comment on vit ses relations, l’essentiel étant de respecter le ressenti de chacun, de s’écouter et de communiquer. Si ce mode de vie m’a permis de m’épanouir, ce n’est néanmoins pas une facilité ni une recette miracle du bonheur. Simplement une alternative au modèle qu’on connait tous.

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3 réflexions sur “Une introduction au Polyamour

  1. Bonjour. J’ai lu votre article avec intérêt. Je suis une « vieille dame » (j’ai 56 ans) pas tout à fait assez vieille pour avoir vécu les « évènements de 68 » mais suffisamment pour en avoir été imprégnée. A l’époque, nous ne parlions pas de « polyamour » (quel mot affreux!) mais d’amour libre. J’aime bien ce terme car aimer quelqu’un n’est-ce pas d’abord le laisser libre ? (que ce soit d’ailleurs, un amant, un enfant… ) Pour ma part j’ai toujours eu du mal à comprendre la jalousie et le désir de possession que l’on nous présente comme « l’amour vrai ». Tu n’es pas jalouse = tu n’aimes pas, je l’ai entendu bien souvent! Je ne dis pas que je n’ai jamais ressenti de jalousie, quand l’homme que j’aimais avait une autre relation amoureuse, il m’est arrivé d’avoir peur, bien sûr, mais ce n’est pas difficile de mettre cette peur de côté. La liberté, la confiance, l’égalité dans la relation ont tellement plus de prix! En médecine chinoise la jalousie est considérée comme une maladie (je raccourcis peut-être un peu mais il y a de ça). Bien sûr, l’amour reste une chose complexe, exclusif, inclusif… on peut inventer des mots, des concepts, on se retrouve toujours à un moment avec ses angoisses et sa solitude. Mais la vie est là. J’ai vécu trente ans avec le même homme. Nous avions une relation libre. Nous nous aimions, nous avons été amoureux d’autres personnes, nous en parlions sans contrainte et sans excès non plus. Cela faisait partie de notre vie. Nous n’avons pas eu de très nombreuses relations « extérieures » mais c’était des relations fortes, importantes. Ce n’est pas cela qui nous a séparé mais plutôt le temps, les chemins qui s’écartent… nous sommes restés amis. L’homme dont je suis amoureuse aujourd’hui a une autre femme dans sa vie. Il m’en a parlé, mais elle n’est pas au courant de notre relation. C’est dommage. Il dit qu’elle ne comprendrait pas. C’est possible. j’ai choisi de continuer ma relation avec lui mais il y a un déséquilibre qui rend la rend fragile et incertaine. On en revient à ce que nous disions plus haut. C’est tellement inimaginable pour la plupart des gens qu’amour ne soit pas associé à « exclusivité ». C’est un des maux principaux de notre société: elle manque d’imagination. Que ce soit sur le plan amoureux ou économique ou autre… parce que l’imagination est une affaire politique, au sens premier, profond, du terme. C’est la faculté de remettre le monde en question, de déplacer le regard, peut-être de sortir de l’ornière. Et alors là!!!
    Comme le dit Zehr, la cellule familiale telle que notre société l’a développée correspondait à une réalité sociale et économique qui n’a plus de raison d’être aujourd’hui mais les idées reçues, quand elles viennent d’aussi loin en plus, ont la peau dure et le mythe de la princesse et du prince charmant a encore, je le crains, de beaux jours devant lui.
    Alors, aimons librement ! mais aimons vraiment…

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  2. Bonjour.
    Comme nous en avons discuté brièvement sur Twitter, je voulais émettre une objection concernant un passage de l’article (qui est par ailleurs très bien). Il s’agit de l’allusion au libertinage. En effet, il s’agit aussi d’un mode de vie. Il est important de distinguer le libertinage dans son ensemble et certaines des pratiques qui le composent (et sont effectivement purement sexuelles) comme l’échangisme également cité.
    C’est assez important de le relever car, de mon point de vue, le polyamour est lié à l’esprit libertin. Il s’agit avant tout d’une recherche de liberté se détachant des conventions sociales. Ces deux « pratiques » sont hédonistes comme peut l’être le BDSM. Ce sont des choses que l’on vit, que l’on a en soi.
    Après, la vraie différence, à mon sens, entre le polyamour et le libertinage est que ce dernier est un terme relativement dévoyé. Les clubs libertins sont remplis de gens qui ne sont pas libertins et qui ne viennent là que pour « s’encanailler » et vivre un fantasme.
    Le polyamour, lui, ne se disperse pas et ne couvre pas diverses définitions.

    Bon, toujours est il que le texte est très intéressant, je ne souhaite pas lancer de débat parallèle qui nuirait au sujet de base. C’est juste une précision parce que ça me tient à cœur étant donné que je le vis tous les jours 😉

    Quoiqu’il en soit, merci pour cet article.

    Aimé par 1 personne

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